INCONSCIENT

INCONSCIENT

Dans un article paru en 1917, Freud compare la révolution provoquée par la psychanalyse à celles de Copernic et de Darwin. De même que la Terre ne peut plus être considérée comme le centre de l’univers et que l’homme apparaît tard venu dans la lignée animale, de même le moi conscient n’est plus le maître dans sa propre maison. Après une première humiliation dans l’ordre cosmologique et une seconde dans l’ordre biologique, l’homme se voit infligé une troisième humiliation qui l’atteint dans son psychisme même. Par sa découverte de l’inconscient, Freud marque, en effet, que nous sommes mus, dans la plupart de nos actions, non par les mobiles que nous croyons consciemment être les nôtres, mais par d’autres que nous ignorons et qu’en tout état de cause nous ne pouvons connaître que partiellement.

L’acceptation de la réalité de l’inconscient rencontre donc une difficulté propre. L’admettre, c’est en effet déjà renoncer pour soi-même à la prétendue maîtrise de ses actes, à la toute-puissance de la lucidité et du vouloir. «J’ai acquis l’impression, écrit Freud, de ce que la théorie de l’inconscient se heurtait principalement à des résistances d’ordre affectif qui s’expliquent par ce fait que personne ne veut connaître son inconscient, et partant trouve plus expédient d’en nier tout simplement la possibilité» (Le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient ). Ce n’est d’ailleurs pas parce que la psychanalyse a été vulgarisée que le problème a perdu de son acuité. Nombreux sont aujourd’hui les psychiatres ou les philosophes qui, tout en acceptant verbalement l’existence de l’inconscient, en nient pratiquement par leurs explications le caractère insolite et scandaleux; c’est-à-dire qu’ils le rejettent, car il faut bien toujours à leurs yeux que la conscience reprenne ses droits sous peine de voir s’écrouler leur propre univers de pensée.

Pour respecter l’originalité de la découverte freudienne et pour tenter de la faire échapper aux glissements inévitables qu’elle subit, le mieux est de serrer au plus près le texte de Freud, car son œuvre reste pour la psychanalyse le lieu à partir duquel se reforme ou se déforme la juste compréhension de l’inconscient.

La découverte freudienne

De l’hypnose à l’association libre

C’est d’abord à travers la pratique de l’hypnose (1887) que se révèle à Freud l’impossibilité d’identifier psychique et conscient. Lorsque des ordres sont donnés à un sujet hypnotisé et qu’il s’y soumet après son réveil, c’est bien la preuve que la parole du médecin a mis en branle un certain nombre de mécanismes sans que le malade en sache rien. Quelque chose qui échappe totalement à la conscience entre donc ici en jeu et produit des effets. Bien plus, lorsqu’un malade, une hystérique par exemple, est interrogé sous hypnose sur les causes de son mal, il peut évoquer certains événements traumatiques, origine des symptômes, et se trouver par là guéri, bien qu’il ne se souvienne plus d’avoir parlé lorsqu’il se réveille. On est donc ici en présence de processus psychiques inconscients dont la réalité est rendue suffisamment manifeste par leur efficacité.

Le fait qu’ils soient liés à la parole conduit Freud, à partir d’expériences que lui communique Josef Breuer (1893), à abandonner l’hypnose dont les résultats se révèlent souvent peu durables et à mettre au point une nouvelle méthode, celle de l’association libre. On demande au malade de dire tout ce qui lui vient à l’esprit sans choisir, sans rien cacher, sans faire intervenir son jugement critique; bientôt apparaissent des événements totalement oubliés et dont il était incapable de se souvenir lorsque sa conscience était vigilante. Par la parole ainsi libérée, autant qu’il est possible, du contrôle conscient, les faits traumatiques, source de la maladie, viennent au jour et les symptômes se dissolvent. À l’oreille de l’homme dit normal, les propos tenus, lorsqu’il est laissé libre cours au jeu des associations, paraissent incohérents et sans signification. Ce sont eux pourtant, jugés inutiles ou ridicules par le patient lui-même, qui permettent de défaire les nœuds et entremêlements névrotiques. Pour Freud c’était donc la preuve que quelque chose est à l’œuvre dans le psychisme, indépendant de la conscience et qui produit des effets pathologiques, dont le patient peut être délivré, si on réussit à faire parler ce quelque chose en tournant les résistances et les défenses de la conscience. Mais par l’abandon de l’hypnose (où les symptômes sont mis au jour sans être véritablement défaits) et son remplacement par la pratique de l’association libre, Freud montrait également que la cure, pour être durablement efficace, devait se faire avec la collaboration du patient et non dans un état de passivité totale. Il fallait que la conscience acceptât d’entendre cet inconscient que, dans les circonstances normales, elle fait taire systématiquement.

Moyens d’investigation de l’inconscient

Découvert dans le traitement des névroses, l’inconscient allait se révéler non seulement comme déterminant la genèse des maladies mentales, mais comme partie intégrante du psychisme humain. Tant qu’on identifie conscience et psychisme, tout ce qui échappe à la conscience ne retient pas l’attention et on y voit seulement un effet du hasard ou un raté inévitable de processus qui par ailleurs sont dûment connus et maîtrisés. Au contraire, découvrant dans des cas pathologiques l’importance et l’efficacité du psychisme inconscient, on est en droit de se demander si ce dernier n’est pas encore à l’œuvre, bien que d’une autre façon, chez l’homme dit normal. La névrose ne serait qu’une forme entre autres des défaillances dont souffre la conscience, elle ne serait qu’un cas particulier des incohérences du discours conscient. Or Freud, fidèle au principe du déterminisme (Cinq Leçons sur la psychanalyse ), ne peut se contenter, pour expliquer les anomalies de la vie psychique, de faire appel au hasard ou à l’inconnaissable; il veut déterminer les raisons et rétablir la nécessité là où l’on semble n’avoir affaire qu’au fortuit.

C’est ainsi qu’il s’attaque, dès 1895, au problème posé par le rêve. Impossible de nier que ce soit là une production du psychisme et que la conscience soit absente de son élaboration; comme, de plus, tout homme rêve, il faudra bien se rendre à l’évidence qu’il existe un psychisme inconscient. Dans L’Interprétation des rêves (1899), Freud explique, à partir de nombreux exemples qu’il ne craint pas de tirer de son expérience de rêveur les diverses lois qui président à ce phénomène qui a préoccupé l’humanité depuis des millénaires. Il y montre que le rêve est la voie royale pour la connaissance de l’inconscient. Grâce à son interprétation, qui se fait elle aussi par la voie de l’association libre à partir de chaque élément, les désirs les plus secrets et les plus déterminants dans l’existence d’un individu peuvent être mis en lumière. L’incohérence apparente de la texture du rêve est pour l’inconscient le moyen d’éviter la censure de la conscience qui n’hésiterait pas à réveiller le dormeur si l’expression des désirs contrariant ses normes et ses habitudes était traduite en clair et non pas à travers un code immédiatement inintelligible.

Il est encore une autre voie pour saisir les effets de l’inconscient, c’est d’étudier les actes manqués, lapsus, oublis, erreurs de lecture ou d’écriture, c’est-à-dire tous les phénomènes qui viennent rompre la continuité ou l’apparente perfection des paroles et des actions. Il existe une Psychopathologie de la vie quotidienne (1904), c’est-à-dire que, dans la vie de l’homme considéré comme le plus normal, il est un certain nombre de faux pas, d’errances, de bizarreries qu’il faut comprendre comme on le fait du pathologique et qui dévoilent, ainsi que les symptômes et les rêves, ce que la conscience veut cacher par le contrôle qu’elle exerce ordinairement, mais qu’elle ne peut maintenir efficacement de façon permanente. Tous ces petits incidents qui viennent briser la pureté du dessein que nous nous étions proposé sont révélateurs de forces psychiques inconscientes et qui semblent ne pouvoir se manifester que par mégarde et à l’improviste, déjouant ainsi la visée unifiante de la conscience.

Un dernier champ est ouvert à l’investigation de l’inconscient, celui du mot d’esprit (1905). Il sert, en effet, le plus souvent à exprimer sous des allures inoffensives des tendances hostiles, des aspirations sexuelles, le mépris de soi ou des autres. Toute chose dont la manifestation directe serait insupportable. Le mot d’esprit est donc une manière habile de tourner le barrage de la conscience, qui accepte de laisser libre cours à l’inconscient si elle en tire le bénéfice du rire, c’est-à-dire justement s’il lui est possible de ne pas prendre au sérieux ce qui s’exprime là.

On cite souvent ces trois champs (rêve, actes manqués, mot d’esprit) comme étant les lieux privilégiés pour l’investigation de l’inconscient, et Freud lui-même les présente souvent ainsi. Il a pourtant élargi sa recherche aux phénomènes religieux, artistiques et littéraires. C’est dire que toute expression peut être considérée comme lieu où l’inconscient parle, même si on s’emploie à l’y faire taire. Ici, comme dans le rêve ou le mot d’esprit, ce sont les lacunes ou les malformations du discours conscient qui renseignent sur les désirs inconscients de celui qui le tient. Dire que l’inconscient parle en tout discours, c’est affirmer équivalemment qu’il n’existe pas de discours qui soit parfaitement cohérent et sans faille, qui ne comporte aucune faute de raisonnement et aucun contresens. La rigueur totale n’existe pas. Le discours mathématique lui-même aboutit à des contradictions ou à des impossibilités, comme le montrent les développements ultimes de la théorie des ensembles ou le théorème de Gödel, prouvant que la cohérence d’un système mathématique ne peut être démontrée à l’intérieur de ce système.

Une aporie insurmontable

La découverte de l’inconscient pose donc une question seconde qui débouche sur une aporie. Si l’inconscient est considéré, selon le principe du déterminisme, comme expliquant ce qui ne peut l’être par le conscient – et c’est bien ainsi que Freud s’exprime (Métapsychologie ) –, s’il apparaît comme ce qui permet de combler les lacunes du discours conscient, la psychanalyse en vient à renforcer la prétention du conscient à la maîtrise: la conscience, grâce à la découverte de l’inconscient, a rétabli la cohérence qui lui faisait défaut en un premier temps de la découverte. Ce résultat n’est pas formel; l’expérience prouve, en effet, que l’analyse peut conduire à renforcer les défenses conscientes. Ainsi donc, sans les lacunes du discours conscient, l’hypothèse de l’inconscient est superflue, mais, à l’inverse, si l’investigation de l’inconscient après avoir mis à nu ces lacunes en vient à bout, l’inconscient passe du côté du conscient pour le conforter. Si on fait parler l’inconscient, c’est pour donner du sens à ce qui n’en a pas – rêves, lapsus, etc. –, mais en donnant du sens on fait cesser le non-sens qui réclamait d’ouvrir l’oreille à l’inconscient. Faire parler l’inconscient, c’est donc le faire taire.

Cette aporie est insurmontable et elle découle inévitablement de la découverte de Freud. Mais, alors que le philosophe en déduirait que la notion d’inconscient aboutit à une contradiction qui la rend caduque et oblige à la rejeter, l’analyste se libère de cette aporie en la reconnaissant au contraire comme vérité opératoire et comme invitation à poursuivre plus avant l’analyse, c’est-à-dire à supposer, avant de le constater, que les lacunes comblées ne produisent que très partiellement la continuité du texte (ou déplacent seulement les points de sa discontinuité), lequel réclame une nouvelle analyse de ses blancs, et ainsi à l’infini. Ou bien l’analyse retourne à la prétention d’un savoir transparent à soi-même (et peu importe qu’il soit obtenu par la critique d’un savoir antérieur) ou bien elle est une tâche d’interrogation qu’il est impossible d’interrompre, n’oubliant jamais que son plus grand obstacle est l’effet même de son travail.

Plus radicalement cette aporie est à considérer comme l’expression d’un clivage constitutif de la psyché. Le discours produit par l’inconscient et que l’on décèle par les blancs du discours conscient sera toujours marqué par une irrémédiable étrangeté; il est structurellement, comme l’écrit Jacques Lacan, discours de l’Autre, non pas d’une autre personne qui serait elle aussi douée de conscience (Métapsychologie ), mais d’un Autre qui n’est ni sujet ni conscience et qui même à la limite n’existe pas. Il s’agit d’un Autre qui est radicalement discours, c’est-à-dire passage de l’un à l’autre des signifiants, cause du langage.

La situation de la conscience (on y reviendra plus loin avec d’autres formulations) est donc celle de l’aliénation: la vérité, l’efficacité, la cohérence sont ailleurs qu’en elle-même. C’est sur une autre scène , pour reprendre une expression de Freud, que tout se joue et s’opère. À la conscience est à attribuer seulement la reproduction imaginaire de la vérité dans la méconnaissance, la prétention au pouvoir et la rationalisation, substitut de l’incohérence.

Le système de l’inconscient

Les mécanismes de condensation et de déplacement

Alors que la pensée consciente tend à la clarté et à la distinction des concepts qu’elle utilise, de même qu’à la hiérarchisation et à la mise en valeur relative explicite de ces concepts, l’inconscient se caractérise par les processus de condensation et de déplacement . Freud a développé et précisé à propos du rêve ces modalités du discours inconscient telles qu’il les avait déjà perçues dans les psychonévroses. La condensation consiste à représenter par un seul une multiplicité d’éléments. Par exemple, une personne qui apparaît dans un rêve tient la place de plusieurs, ou bien un personnage composite renvoie à tous ceux auxquels il emprunte une partie d’eux-mêmes; ou encore un mot, soit connu dans une langue donnée, soit forgé artificiellement, tient la place d’une ou plusieurs phrases. Le déplacement est le procédé par lequel un trait secondaire ou un détail insignifiant dans le récit du rêve acquiert dans l’interprétation une valeur centrale; et à l’inverse ce qui est au centre du récit n’a qu’une importance minime. On retrouve ces deux processus à l’œuvre dans les psycho-névroses, dont les symptômes sont aussi absurdes dans leur disproportion à l’égard de ce qu’on nomme réalité objective. Pour tel obsessionnel, palper un briquet est la chose au monde la plus importante parce qu’en ce geste se condense la charge de ses désirs les plus secrets, parce qu’en cette activité dérisoire se trouve déplacée, et déguisée, telle pulsion refoulée décisive pour lui.

Jacques Lacan a montré que ces mécanismes de l’inconscient trouvaient leur pleine signification si on leur donnait le nom qu’ils portent en stylistique: la métaphore et la métonymie. Si la condensation est possible, c’est qu’un mot d’une langue ne renvoie pas seulement à un ou plusieurs sens, mais à tout le système verbal d’une langue que suppose toujours l’utilisation d’un seul mot. On pourrait donc définir le sujet parlant constitué par l’inconscient comme possibilité permanente de métaphorisation. De même, le désir inconscient, toujours impossible à satisfaire, est condamné à un déplacement indéfini, c’est-à-dire qu’il est la métonymie en acte. Dans cette perspective, on est amené à ne pas insister uniquement sur la possibilité de traduire en significations les processus de condensation et de déplacement; par exemple à dire en clair: voici les phrases qui se cachent sous ce mot fabriqué dans le rêve par condensation; ou bien: en ce détail anodin se trouve déplacé un désir central de mort ou d’inceste. On est conduit à souligner que métaphore et métonymie renvoient à la totalité des signifiants (c’est-à-dire, pour faire bref, des images phoniques des mots indépendamment de leur signification) et que ces processus inconscients ne sont jamais épuisés par la traduction que l’on peut en faire en interprétant une névrose, un rêve ou un mot d’esprit. C’est ce que Freud dit déjà lorsqu’il affirme qu’on n’a jamais fini d’interpréter un rêve ou que le moindre rêve ouvre, au moins en théorie, à tout l’inconscient du rêveur. On retrouve ici par une autre voie le caractère d’étrangeté de l’inconscient mentionné plus haut.

La logique de l’inconscient

Caractériser les processus inconscients par la condensation et le déplacement, c’est, au regard de la pensée consciente, les assimiler à l’arbitraire et à l’incohérence. Freud dit en effet que les pulsions, c’est-à-dire les motions de désir constitutives de l’inconscient, ne connaissent pas la contradiction et donc la négation , mais qu’elles persistent les unes à côté des autres sans s’influencer, même si elles sont inconciliables. Pas davantage les processus du système inconscient ne sont soumis au temps : par exemple, un même rêve analysé à plusieurs reprises à des années d’intervalle donnera toujours les mêmes associations et montrera toujours à l’œuvre le même désir. Enfin ces processus n’ont pas égard à la réalité ; ils sont soumis au principe de plaisir.

Si l’ignorance de la négation, du temps et de la réalité est, en une première visée, un fait incontestable, il n’en reste pas moins que l’inconscient «s’efforce de satisfaire aux exigences impérieuses de la logique» (Le Rêve et son interprétation ), qu’il a même sa logique propre, plus subtile et prégnante que celle où apparaissent, soi-disant en clair, négation, temps et réalité. Par exemple, les représentations contradictoires s’expriment dans le rêve par un seul et même élément. On peut en conclure que l’inconscient ne connaît pas l’exclusion que comporte la négation. Mais l’exclusion est-elle le seul mode de relation exprimé par la négation? La plus élémentaire réflexion logique amène à considérer qu’un terme qui s’oppose à un autre le suppose et même l’inclut avant de l’exclure, et c’est bien cela que formule l’inconscient en utilisant un seul élément à double sens. De même, lorsqu’il s’agit de marquer l’alternative «ou bien, ou bien», l’inconscient fait entrer les deux hypothèses dans la même association, c’est-à-dire qu’il utilise la conjonction «et», ce qui souligne que le véritable sens de l’alternative est d’identité autant que de séparation. Choisir l’un des membres de cette alternative, c’est aussi choisir l’autre. Ce qui est redécouvert par les logiciens qui se servent du signe: ou/et.

Une étude plus approfondie de la logique de l’inconscient amènerait sans aucun doute à prouver que la logique consciente prétendument rigoureuse n’est qu’un appauvrissement et une réduction de la logique de l’inconscient dont la subtilité et la richesse sont inépuisables et qui crée des règles nouvelles adaptées au type de relation qui entre en jeu. Freud se demande, par exemple, comment l’inconscient représente la négation ou la relation de cause à effet. En réalité, si la conscience est sous la dépendance de l’inconscient, c’est une question inverse que l’on est en droit de se poser: la logique des processus inconscients est-elle valablement représentée par les relations logiques de non-contradiction, de cause, de succession, etc.? Par quels condensations et déplacements en arrive-t-on à cette dernière logique? Quelle est la vérité de la logique ordinaire qui peut être lue comme un symptôme ou comme le contenu manifeste d’un rêve?

Des remarques semblables peuvent être faites à propos de la seconde caractéristique des processus inconscients: leur intemporalité. Le rêve montre à l’évidence que l’inconscient établit des liaisons dans un ordre qui n’est pas celui du temps, que la trace imprimée par un événement n’est en rien modifiée par le temps, parce que dans l’inconscient rien ne s’efface. Mais cette ignorance de la temporalité par les processus inconscients n’est soutenable que si l’on se réfère à la conception courante du temps. Or précisément la découverte de l’inconscient oblige à reconsidérer ce concept. Il faudra introduire entre autres, pour différencier les moments temporels, la notion d’intensité. Au lieu de penser le temps sur le modèle du temps sidéral où chaque élément a la même valeur, le discours inconscient contraint d’admettre des accentuations différentielles qui en modifient la structure. De plus l’analyse conduit à constater que c’est seulement «après-coup» (notion freudienne isolée par Lacan) qu’un événement passé devient en réalité événement. Telle situation dont la complexité à elle seule prouve qu’elle n’a pu être perçue par un enfant de un an et demi, reçoit à quatre ans une expression verbale, mais n’est saisie que vingt ans plus tard pendant la cure. Là encore, dire purement et simplement que l’inconscient ignore le temps, c’est accepter comme critère le concept relevant de la conscience, alors qu’il est seulement la réduction et la neutralisation du concept de temporalité imposé par le discours inconscient.

Ignorant cette logique de l’inconscient qui se déduit des processus de condensation et de déplacement, des psychanalystes, en particulier Anna Freud dans Le Moi et les mécanismes de défense , tendent à pervertir la découverte freudienne par le simple fait qu’ils nomment ces processus des mécanismes de défense, singulièrement de défense du moi. C’est ce dernier qui serait à l’origine de ces mécanismes visant à déjouer les pulsions inconscientes. Un tel présupposé n’a d’autre but que de rétablir la prévalence du moi, d’en faire à nouveau le centre fort ou faible qui doit dominer et maîtriser l’inconscient, alors que l’œuvre de Freud montre au contraire que cette maîtrise est un leurre. En tant qu’instaurés par le moi, les mécanismes de défense sont à considérer comme des formations de compromis ou des symptômes, c’est-à-dire comme résultat d’un travail de l’inconscient que la censure oblige au déguisement. Les psychanalystes qui entrent dans la voie tracée par Anna Freud prennent tout simplement le déguisement pour la vérité et parlent donc pratiquement comme si l’inconscient n’existait pas.

Les relations entre les deux systèmes

S’il est si difficile de parler de l’inconscient, c’est qu’il ne peut être connu que par la conscience. Or la notion d’inconscient comporte comme corollaire le refoulement, c’est-à-dire, en une première approximation, le rejet par la conscience de tout ce qui, venant de l’inconscient, pourrait la troubler. Posée en ces termes, la question est insoluble. Car comment la conscience connaîtrait-elle ce qu’elle rejette hors d’elle-même? En réalité, la découverte freudienne amène à réviser complètement la manière classique de concevoir la conscience.

Quand on dit, par exemple, que la conscience refoule les pulsions inconscientes ou motions de désir, on ne se rend pas compte que ce travail est lui-même inconscient et qu’il ne dépend donc pas de la conscience. S’il en dépendait, les résistances rencontrées pour que s’opère le jeu de libres associations seraient à la disposition du patient, alors que le plus souvent non seulement il n’en est pas le maître, mais il les ignore. Bien plus, si l’analyste voulait rendre prématurément conscientes ces résistances, il ne serait nullement entendu par la conscience de l’analysant et ne ferait que renforcer ces résistances sans que l’analysant perçoive même ce redoublement. Dire que la conscience est l’agent du refoulement, c’est lui attribuer un pouvoir qu’elle n’a pas, c’est risquer de miser sur elle et par là de bloquer le processus analytique.

Par ailleurs, Freud a montré qu’il fallait supposer un inconscient originaire, un inconscient non refoulé, qui attire à lui le refoulé. Non seulement cet inconscient ne doit rien à la conscience, mais il l’«agit» en permanence, même lorsque la conscience continue d’affirmer ses prétentions et sa toute-puissance. Le moi, entendu comme instance du système perception-conscience, n’est qu’un «clown de cirque qui, par ses gestes, cherche à persuader l’assistance que tous les changements qui se produisent dans le manège sont des effets de sa volonté et de ses commandements» (Cinq Leçons sur la psychanalyse ); ou encore il n’est qu’un cavalier qui conduit son cheval là où celui-ci veut aller.

Il en résulte que la fonction principale du moi conscient par rapport à l’inconscient est celle de la méconnaissance. Cette fonction apparaît, par exemple, dans le rêve où les pensées latentes, celles qui portent le désir inconscient, sont rendues méconnaissables dans le contenu manifeste qui constitue le récit du rêve produit à l’état de veille. Mais, cet exemple le prouve, la méconnaissance est un terme qui traduit non une relation lâche et indistincte, mais un rapport strict et définissable. Méconnaître est pour la conscience sa façon de reconnaître, c’est-à-dire sa manière infaillible d’éviter la reconnaissance en y accédant, ainsi que Lacan l’a souligné à propos du cas limite du fou. Pour celui-ci, les hallucinations, les interprétations, les intuitions, si étrangères qu’elles lui soient, sont autant de manières de se dire et de se reconnaître.

Le mode le plus évident de la méconnaissance par quoi la conscience trahit l’inconscient et se trahit par là même, c’est la dénégation. Le «Je ne pense pas à cela» qui apparaît dans l’analyse redouble précisément par la négation le lien que l’on voudrait effacer. Le gommage laisse des traces d’autant plus instructives qu’il a été mené avec plus de force. Ce faisant, la dénégation est une manière d’accepter le discours de l’inconscient, de lever quelque chose du refoulement tout en le maintenant de façon formelle.

Ce procédé révèle, en effet, le caractère leurrant de l’activité consciente dans ses rapports à l’inconscient. Pourvu que la conscience puisse préserver l’illusion de son autonomie, elle n’en demande pas davantage; et elle acceptera dans son activité d’être effectivement guidée de bout en bout par des processus inconscients. C’est cette illusion qu’il s’agit de ménager dans la cure analytique, sans quoi le refoulement, au lieu d’être levé, se renforce. Point n’est même besoin au cours d’une analyse de prendre conscience: dans le cas de la dénégation, par exemple, inutile de pousser l’analysant à reconnaître que la dénégation est une affirmation. L’important, c’est que la parole soit posée (quelle qu’en soit la formalité; dénégation ou affirmation, et l’affirmation peut être encore un système de défense plus subtil, parce qu’il fait tomber dans la généralité du discours) et que par là les représentants des pulsions ou motions du désir soient pour un autre «langagisés».

Sexualité et langage

Cette place faite au langage renvoie au problème des relations entre inconscient et sexualité. L’évidence reconnue du fait n’enlève rien aux difficultés théoriques pour articuler ces termes: la sexualité se manifeste de façon constante si l’on entend quelque chose de l’inconscient; et pourtant de la sexualité dite humaine, quelle prise peut-on prétendre avoir?

Tout d’abord, la découverte de l’inconscient va de pair avec la découverte de l’étiologie sexuelle des névroses. Lorsque l’investigation psychanalytique est poussée assez loin, note Freud dès ses premières recherches, on est obligé de constater que la cause de la maladie réside dans les traumatismes sexuels de la petite enfance. Plus tard il admettra que ces traumatismes ne sont pas à considérer comme des événements, mais comme des fantasmes. La maladie est donc ancrée non sur des faits extérieurs, mais sur des processus sexuels imaginaires: ce n’est pas tant la biographie qui importe, c’est la structure même de la vie psychique. Mais quelle que soit la manière de la comprendre, l’étiologie sexuelle des maladies mentales sera sans cesse réaffirmée par Freud; et c’est même sur ce point fondamental qu’il se séparera de C. G. Jung, lequel diluait la sexualité dans une conception mystique de la libido comme force psychique universelle.

Pour Freud, l’origine sexuelle des forces impulsives de la névrose, et par extension de la vie psychique, est encore prouvée par le transfert. Quelle que soit la forme de la maladie et «sans qu’il soit ni désiré ni provoqué par l’une ou l’autre des parties en présence» (Cinq Leçons sur la psychanalyse ), le transfert sexuel, tendre ou hostile, s’observe immanquablement. Il en est de même de tout rêve lorsque l’analyse en est faite aussi loin que possible: le désir qu’il révèle en le cachant et qui plonge ses racines dans le passé infantile a la marque indubitable de la sexualité. Autant dire que toute parole vraie, c’est-à-dire débarrassée des rationalisations secondaires et revenue de la méconnaissance, a trait à la sexualité. Rien ne peut mieux que la cure analytique reprendre à son compte le dicton trivial: «Les hommes ne pensent qu’à ça» (et les femmes aussi qui le disent).

Ces faits qui restent scandaleux pour chacun, même si on en accepte la généralité pour les autres, n’éclairent pourtant pas la nature de la sexualité, car celle-ci n’est connue que par la pulsion, qui est toujours partielle; pulsion qui est prise dès le principe dans les rets du langage. La question se pose alors, au regard de l’inconscient, du rapport entre sexualité et langage. Pour tenter d’élucider ce nœud aussi difficile qu’inévitable, on peut d’abord suivre Freud. Dès qu’il approfondit sa conception de la pulsion, il est amené, par exemple dans son article sur l’inconscient (Métapsychologie ), à analyser les phénomènes de langage: «Dans l’inconscient la pulsion ne peut être représentée que par la représentation.» Mais ce qui importe pour saisir le fonctionnement de l’inconscient, et qui apparaît nettement dans le cas extrême de la schizophrénie, ce ne sont pas les représentants de choses (les signifiés) mais les représentations de mots (les signifiants). «C’est l’identité de l’expression verbale, et non la similitude des choses désignées» qui commande les jeux de substitution et de déplacement caractéristiques des processus pulsionnels. L’étude de la pulsion sexuelle conduit donc à une interrogation sur le jeu des signifiants.

Autre perspective, celle des Trois Essais sur la théorie de la sexualité . Freud y souligne que la sexualité humaine marquée par l’interruption de la période de latence subit un dysfonctionnement qui la distingue radicalement de la sexualité animale et la met directement en rapport avec la civilisation dont le langage est au principe. Parce que l’homme parle, la sexualité ne va pas de soi et, à l’inverse, parce que la sexualité humaine est soumise à des avatars allant de la perversion à la sublimation en passant par la névrose, le langage est possible. Il ne s’agit pas évidemment de voir, soit dans le langage, soit dans le fonctionnement incertain de l’activité sexuelle, la cause de l’autre terme, il s’agit de saisir une structure dont les éléments sont indissociables. Si l’on veut prétendre que la sexualité relève du seul point de vue biologique et le langage du seul point de vue psychique, on ne comprend plus rien ni à l’une ni à l’autre, car la sexualité humaine est effet de culture et le langage reçoit son poids du désir sexuel qui le sous-tend.

Les allusions faites par Freud à la civilisation et à la culture, rapprochées de ce qu’il a théorisé de l’œdipe, ouvrent à une autre manière d’articuler sexualité et langage. Comme l’a souligné Lacan, déplaçant les conclusions de certains ethnologues, la liaison sexuelle est ancrée sur l’interdit qui préside aux lois des échanges des femmes, constitutifs des sociétés humaines; et cet interdit, pivot du complexe d’Œdipe, se fonde sur le nom du père , clef de voûte de l’ordre symbolique. Le désir sexuel se distingue donc tout à fait du besoin de nourriture et des autres besoins; lui seul, par la médiation de la loi de l’interdit qui détermine son fonctionnement, se trouve directement marqué du sceau du langage.

Il faudrait généraliser ce que dit Freud du développement de la sexualité qui passe par des arrêts et des reprises (période de latence) pour souligner que le fonctionnement de la sexualité humaine ne va pas de soi, qu’elle fonctionne essentiellement en fonctionnant mal, que ses ratés et ses dysfonctionnements ne sont pas des accidents de parcours que l’on pourrait éliminer (on le voit dans les contradictions inévitables qui dominent les efforts d’éducation sexuelle ou de libération sexuelle), mais des données structurales. C’est parce que l’homme parle, parce qu’il est pris dans le langage, c’est-à-dire dans une présence qui est toujours absence, c’est parce que le langage le sépare en lui-même que le désir sexuel ne peut s’épanouir dans la satisfaction.

Ce ne sont là que quelques notations sur une question qui pourrait s’ouvrir dans bien d’autres directions (en particulier il faudrait montrer la place de la pulsion de mort comme déterminante de toute l’économie pulsionnelle et du jeu des signifiants). Mais qu’il s’agisse du problème des relations entre sexualité et langage ou de tout autre problème posé par l’hypothèse de l’inconscient, on est sûr qu’on peut en disserter longuement et que pourtant nulle compréhension maîtrisée n’est à l’horizon. Car, si impossible à ignorer qu’il soit, l’inconscient échappe à la prise. Tout discours sur le discours inconscient subit la scission même de ce dont il parle, et la vérité qu’il formule, par l’effet même de la parole, tombe par moitié hors du discours.

Il n’est meilleure conclusion à un exposé sur l’inconscient que les réflexions mélancoliques de Freud cherchant à s’expliquer les défections de certains de ses premiers disciples. En ce domaine, et c’est sans doute ce qui le distingue radicalement des autres, rien ne peut être considéré pour l’individu comme définitivement acquis: «Ce que je n’aurais jamais cru possible, c’est que quelqu’un, après avoir poussé sa compréhension de l’analyse jusqu’à une certaine profondeur, pût renoncer à ce qu’il avait acquis sous ce rapport, voire le perdre. Et pourtant, l’expérience quotidienne des malades nous a montré la possibilité de la perte totale de la connaissance analytique, sous l’influence d’une résistance un peu forte émanant d’une couche plus profonde. C’est ainsi qu’après avoir rendu compréhensibles à un malade, par un travail pénible, certaines données analytiques plus ou moins importantes et avoir réussi à lui apprendre à les manier comme des choses familières, lui appartenant en propre, nous constatons, à un moment donné, que, sous l’influence d’une nouvelle résistance, il perd tout ce qu’il avait acquis et appris et se met en état de défense comme aux plus beaux jours de son noviciat. J’ai eu l’occasion de m’apercevoir qu’à ce point de vue les psychanalystes peuvent se comporter comme les malades soumis à l’analyse» (Cinq Leçons... ).

inconscient, iente [ ɛ̃kɔ̃sjɑ̃, jɑ̃t ] adj. et n.
• 1820; de 1. in- et conscient
I Adj.
1À qui la conscience fait défaut, de façon permanente ou temporaire. « Elle n'était plus animée que de la vie inconsciente des végétaux » (Proust). À la suite de l'accident, il est resté inconscient pendant plusieurs heures ( coma) .
2Qui ne se rend pas compte clairement des choses. Ne prêtez pas attention à ce qu'il fait, il est complètement inconscient. fou, irréfléchi. Il est inconscient de ses actes; de lui avoir fait de la peine. Inconscient du danger.
3(Choses) Dont on n'a pas conscience; qui échappe à la conscience. Mouvement, geste inconscient. automatique, instinctif, machinal. Élan, effort inconscient. spontané. Perceptions inconscientes. infraliminal. Une large part de notre vie psychique demeure inconsciente. « cette sagesse inconsciente, l'instinct » (France). Hostilité inconsciente. refoulé.
II N. Personne qui juge ou agit sans réflexion, qui n'a pas une conscience claire. Se conduire en inconscient. irresponsable. C'est une inconsciente. III N. m. (fin XIXe) Psychol. L'INCONSCIENT : ce qui échappe entièrement à la conscience, même quand le sujet cherche à le percevoir et à y appliquer son attention; la partie inconsciente du psychisme. Désirs, sentiments inavoués refoulés dans l'inconscient. Méthodes cliniques d'investigation de l'inconscient. psychanalyse. Inconscient et subconscient. ⊗ CONTR. Conscient, volontaire. Avoué.

inconscient nom masculin Ensemble des faits psychiques qui échappent à la conscience. L'une des trois instances dans la première topique freudienne. ● inconscient (citations) nom masculin André Breton Tinchebray, Orne, 1896-Paris 1966 Dis ce qui est dessous, parle… Les États généraux Fontaine Jean Cocteau Maisons-Laffitte 1889-Milly-la-Forêt 1963 Académie française, 1955 Il était victime des pénombres où les sens rencontrent le cœur. Le Grand Écart Stock Pierre Jean Jouve Arras 1887-Paris 1976 Nous avons connaissance à présent de milliers de mondes à l'intérieur de l'homme, que toute l'œuvre de l'homme avait été de cacher […]. Sueur de sang Mercure de France Jules Lagneau Metz 1851-Paris 1894 De l'inconscient au sens strict : c'est la pensée spontanée, élémentaire, sans liaison, c'est-à-dire la sensation sans aucune pensée proprement dite : il y a de l'inconscient, mais non dans la pensée. Fragments inconscient (expressions) nom masculin Inconscient collectif, selon C. G. Jung, inconscient identique chez tous les individus, indépendant de l'espace et du temps et qui est la stratification des expériences millénaires de l'humanité. (À l'origine de toute créativité, il s'exprime à travers les archétypes.) Inconscient personnel, chez C. G. Jung, fraction d'inconscient qui correspond à l'inconscient de la théorie freudienne. (Il s'exprime dans les rêves par le personnage de l'ombre.) ● inconscient, inconsciente adjectif Qui n'a plus conscience de son existence et de la réalité qui l'entoure, qui a perdu connaissance ; évanoui : Demeurer plusieurs minutes inconscient après une commotion. Qui n'a pas conscience de quelque chose, qui ne s'en rend pas compte, par insouciance, légèreté d'esprit, etc. : Enfant inconscient de ses actes. Se dit d'un acte qui se produit sans que celui qui le fait en ait conscience : Mouvement inconscient. Relatif à l'inconscient ; dans la seconde topique freudienne, se dit aussi bien du ça, du moi, que du surmoi. ● inconscient, inconsciente (synonymes) adjectif Qui n'a plus conscience de son existence et de la...
Contraires :
Qui n'a pas conscience de quelque chose, qui ne s'en rend...
Synonymes :
- irréfléchi
- léger
Se dit d'un acte qui se produit sans que celui...
Synonymes :
- spontané
Contraires :
- prémédité
- réfléchi
inconscient, inconsciente adjectif et nom Qui est dénué de jugement et de réflexion, qui parle, agit de façon inconsidérée : Il faut être inconscient pour se lancer dans une telle affaire.

inconscient, ente
adj. et n.
rI./r adj.
d1./d Qui n'est pas conscient (être vivant). Une personne évanouie est inconsciente.
d2./d adj. et n. Qui ne mesure pas l'importance des choses, la gravité de ses actes. Il faut être inconscient pour rouler à cette vitesse sur une route mouillée!
d3./d Dont on n'a pas conscience. Geste inconscient.
rII./r n. m. PSYCHAN Domaine du psychisme échappant à la conscience et influant sur les conduites d'un sujet. Le rêve et les actes manqués émanent de l'inconscient.

⇒INCONSCIENT, -ENTE, adj. et subst.
I. — Adjectif
A. — 1. Vieilli. Qui, à la différence de l'homme, n'est pas doué de conscience. Synon. usuel non-conscient. Atome inconscient (dans la philosophie d'Épicure), matière inconsciente; la vie inconsciente des plantes. Admirer le progrès accompli depuis la nébuleuse, l'univers amorphe et inconscient, jusqu'à des êtres capables de connaître l'univers et de se connaître eux-mêmes (RUYER, Esq. philos. struct., 1930, p. 213).
2. Qui a perdu connaissance, qui est privé momentanément de conscience (p. ex. dans le sommeil, sous l'effet d'un endormissement, d'une anesthésie, d'une drogue). Anton. lucide. Malade déjà/encore inconscient, à demi inconscient. À moins qu'elle n'eût à le déshabiller ivre mort et qu'il ne s'endormît en travers du lit, inconscient (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 174) :
1. La petite Ca avait d'étranges mouvements convulsifs de la bouche et des yeux. Pendant le trajet elle parut presque inconsciente. À l'hôtel les symptômes furent plus mauvais encore (...). En une heure, elle mourut silencieusement, sans paraître souffrir.
MAUROIS, Ariel, 1923, p. 251.
3. [En parlant d'une pers.]
a) En emploi abs. Qui juge ou agit à la légère, sans réflexion, sans mesurer la portée de ses paroles ou de ses actes. Synon. insensé, insouciant, irréfléchi, léger, farfelu, fou; anton. pondéré, sage, sensé, sensibilisé (à qqc.). Être (un peu) inconscient; indifférent et inconscient; il faut être inconscient pour (+ inf.) :
2. Celui qui se laisse empoigner par ses instincts naturels est perdu. Il redevient inconscient; il perd la clairvoyance, tout au moins la libre direction de son mécanisme.
BARRÈS, Homme libre, 1889, p. 225.
En emploi subst. Quel inconscient! c'est un inconscient, une pauvre inconsciente; se conduire en inconscient, comme un inconscient. Les enfants ne sont, par nature, ni très méchants, ni très audacieux; et, à part quelques inconscients, ils sont très facilement intimidables (FRAPIÉ, Maternelle, 1904, p. 41) :
3. Seulement c'était un inconscient [Verlaine]. Il n'avait aucune idée de la valeur de ce qu'il faisait. Il écrivait. Une idée bizarre lui semblait belle. Une idée belle lui semblait plaisante. C'est un inconscient attardé.
RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1906, p. 192.
b) Inconscient de + subst. déterminé. Qui n'a pas conscience d'(un fait particulier), qui ne se rend pas compte clairement de (certaines choses, notamment de ses actes). Synon. ignorant (de); anton. conscient (de). Être inconscient du danger, d'une menace, de l'effet produit, de la gravité de son acte, de la portée de ses paroles. Inconscients de leur force, ils brisaient des portes ou assommaient des passants (LOTI, Mon frère Yves, 1883, p. 25) :
4. Il tendit le paquet. Toujours muet, M. Baslèvre s'en saisit d'un geste farouche. Un silence respectueux s'établit ensuite. Inconscients de la gravité de ce qui survenait, le secrétaire et Madame Gerbois avaient cependant l'intuition que des paroles auraient gêné.
ESTAUNIÉ, Ascension M. Baslèvre, 1919, p. 160.
B. — 1. [En parlant d'un mécanisme physiologique, d'une réaction physique, d'un acte] Qui a lieu sans que le sujet s'en rende compte. Synon. automatique, involontaire, machinal, spontané. Geste, réflexe inconscient; la respiration, la circulation est inconsciente. Cette force plastique qui pousse la vie à exprimer ses intentions (...) par des processus invisibles et inconscients (endocriniens, circulatoires, etc.) (MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 329) :
5. À la fin, pourtant, d'un mouvement inconscient et gêné il avait passé sa main sur sa tête nue, comme pour cacher, au milieu de ses compagnons aux cheveux bien peignés, sa rude tête rasée de paysan.
ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p. 263.
2. [En parlant d'un fait psychique ou social] Dont le sujet n'a pas la perception claire dans une situation donnée. Crainte, haine, jalousie, réaction inconsciente; mimétisme, sentiment inconscient. Elle acheva ses confidences, dans le besoin naïf et inconscient de se faire connaître (ZOLA, Rêve, 1888, p. 78) :
6. Sans qu'elle pût deviner ses pensées, elle le sentait la proie d'un débat intérieur. En effet : la lecture de l'affiche avait subitement cristallisé en lui des velléités jusqu'alors inconscientes et diffuses.
MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p. 588.
3. PSYCHOL., PHILOS. [En parlant d'un phénomène psychique] Propre, relatif au domaine de l'inconscient (v. infra II). Besoins, complexes, désirs, processus, mécanismes, souvenirs inconscients; forces, tendances, pulsions inconscientes; psychisme prénatal inconscient. Nous sentons en nous des forces inconscientes, qui veulent tout le contraire de ce que notre intelligence réclame (MAETERL., Vie abeilles, 1901, p. 199). Pulsions de vie et pulsions de mort s'opposent et se combinent en des faits psychiques inconscients au niveau du ça, en fonction du principe de plaisir (J. MANTOY, Les 50 mots-clés de la psychol. de l'enfant, Toulouse, Privat, 1971, p. 113, s.v. psychanalyse) :
7. Mais nous projetons surtout sur autrui (...) nos complexes inconscients, et spécialement nos reproches intérieurs, légitimes, ou non, nos fautes inavouées. Ces projections, notons-le bien, sont inconscientes. Tout cela se passe dans l'inconscient et dans l'impersonnel.
MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 485.
II. — Subst. masc., PSYCHOL., PHILOS. Ensemble des phénomènes physiologiques et neuro-psychiques qui échappent totalement à la conscience du sujet. Anton. conscience (claire). Le domaine, les profondeurs, les ténèbres de l'inconscient. Nous ne sommes moralement responsables que de notre conscient — l'inconscient est incontrôlable (BERNANOS, Joie, 1929, p. 641). L'étude du rêve nous ouvre l'accès le plus commode à la connaissance de l'inconscient refoulé dont fait partie la libido soustraite à la domination du moi (FREUD, Introd. psychanal., trad. par S. Jankélévitch, 1959, p. 489). V. supra ex. 7 :
8. Il a connu Joyce, Proust et Freud; le ruissellement, que rien au dehors ne permet de déceler, du monologue intérieur, le foisonnement infini de la vie psychologique et les vastes régions encore à peine défrichées de l'inconscient.
SARRAUTE, Ère soupçon, 1956, p. 64.
PSYCHANAL. (chez Jung). Inconscient collectif. Ensemble d'images, d'idées inconscientes (archétypes), communes à un groupe humain, transmises héréditairement et qui règlent les réactions de l'homme non pas en tant qu'individu mais en tant qu'être social. Cf. archétype B 3. Un inconscient collectif (...) un principe commun d'où partent et où se rejoignent, comme les branches d'un arbre, les entéléchies personnelles (AMADOU, Parapsychol., 1954, p. 252) :
9. Nous proclamons donc la nécessité de maintenir la liberté de cette recherche (...) contre les méthodes d'action psychologiques fondées sur l'appel à l'inconscient collectif, pour des fins politiques.
MALRAUX, Conquér., 1928, p. 178.
Prononc. et Orth. : [], fém. [-]. Att. ds Ac. 1878 et 1935. Étymol. et Hist. A. 1. a) 1820 adj. « qui échappe à la conscience » (MICHELET, J., 15 déc., p. 137 ds QUEM. DDL t. 9 : ce travail inconscient qui se fait dans notre cerveau); b) 1877 subst. philos. (LITTRÉ Suppl. : la philosophie de l'inconscient, système de philosophie de M. de Hartmann); 1928 l'inconscient collectif (supra ex. 9); 2. a) av. 1847 adj. « à qui, ou à quoi, la conscience fait défaut » (Encyclop. nouv. ds BESCH. Suppl. : le sentiment est vague, obscur, inconscient de soi); b) 1884 « privé momentanément de conscience (sommeil, syncope, etc.) » (PÉLADAN, Vice supr., p. 43 : [elle] s'endormit presque inconsciente en des cauchemars); 3. a) 1862 adj. « qui n'a pas clairement conscience d'un fait, d'un acte » (HUGO, Misér., t. 1, p. 375 : inconscient du péril); b) 1862 subst. « personne irréfléchie » (GONCOURT, Journal, p. 1010 : il y a des inconscients de nature, comme il y a des aveugles-nés). B. 1. 1840 adj. « où la conscience morale n'existe pas » (P. LEROUX, Humanité, t. 1, p. 22 : une vie inconsciente); 2. 1889 subst. « personne dépourvue de conscience morale » (LARCH. Suppl., s.v. voir rouge : [un assassin] c'est un inconscient, n'ayant pas la conscience d'avoir mal fait). Dér. de conscient; préf. in-1. Au sens A 1 b de 1877, trad. de l'all. das Unbewusste (EDUARD VON HARTMANN [philosophe all. 1842-1906], Philosophie des Unbewussten, 1869, trad. en fr. par D. NOLEN, Philosophie de l'inconscient, 1877); inconscient collectif, trad. de l'all. Kollektives Unbewusstes (C. G. JUNG [psychologue suisse 1875-1961]), cf. angl. collective unconscious (1917, D. HECHT, tr. Jung's Psychol. Unconscious Processes ds NED Suppl.2, s.v. collective). Fréq. abs. littér. : 1 864. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 9, b) 714; XXe s. : a) 3 526, b) 5 415.

inconscient, ente [ɛ̃kɔ̃sjɑ̃, ɑ̃t] adj. et n.
ÉTYM. 1820; de 1. in-, et conscient.
———
I Adj.
1 (Mil. XIXe). À qui la conscience fait défaut, de façon permanente ou temporaire. || La matière est généralement tenue pour inconsciente. || Automate inconscient.(Personnes). || Sous le choc, il demeura inconscient durant quelques minutes.
1 Ses bras dénoués, sa tête retombée, elle referma les yeux, inconsciente maintenant, — ou bien stoïque (…)
Loti, Ramuntcho, II, VII.
2 Elle n'était plus animée que de la vie inconsciente des végétaux, des arbres (…)
Proust, À la recherche du temps perdu, t. XI, p. 84.
2 a Inconscient de qqch. : qui n'a pas conscience de qqch., qui ne s'en rend pas compte, par insouciance, légèreté d'esprit, défaut de sens moral. || Être inconscient de ses actes. || Ne lui en veuillez pas, il est inconscient de sa grossièreté. || Enfant inconscient du danger. || Inconscient et dupe de certaines énormités (cit. 4).Par ext. (Compl. n. de personne ou pronom). || Être inconscient de soi-même, des autres, de son entourage.
3 Le véritable artiste reste toujours à demi inconscient de lui-même, lorsqu'il produit.
Gide, Dostoïevsky, p. 67.
b (Sans compl.). Qui n'a pas une conscience claire de ses actes. || Ne prêtez pas attention à ce qu'il fait, il est complètement inconscient. Fou.
3 (Choses). Dont on n'a pas conscience; qui échappe à la conscience. || Mouvement, geste (1.; cit. 5) inconscient. Automatique, instinctif, machinal. || Réflexe inconscient. || Élan, effort inconscient. Spontané (→ 2. Bien, cit. 68). || Velléités inconscientes qui subitement cristallisent (cit. 3). || Influences inconscientes qui s'exercent sur un artiste (→ Apparaître, cit. 12). || Solidarité inconsciente des groupes humains (→ Attacher, cit. 83). || Une large part de notre vie psychique demeure inconsciente (→ ci-dessous, III.). || Sentiments et conduites dont les origines sont inconscientes. Complexe. || Simulation inconsciente de l'hystérique (cit. 2).
4 Enfin l'activité humaine se présente quelquefois sous des formes anormales, mouvements incohérents et convulsifs, actes inconscients ignorés par celui-là même qui les accomplit, désirs impulsifs contraires à la volonté et auxquels le sujet ne peut résister.
Pierre Janet, l'Automatisme psychologique, p. 4.
5 Nous avons comme eux ce génie secret, cette sagesse inconsciente, l'instinct, beaucoup plus précieux que l'intelligence (…)
France, le Petit Pierre, XXVI.
6 (…) elle leva vers lui ses yeux suppliants qui demandaient grâce, en même temps que sa bouche avide, d'un mouvement inconscient et convulsif, redemandait des baisers.
Proust, les Plaisirs et les Jours, p. 28.
7 (…) un personnage comique est généralement comique dans l'exacte mesure où il s'ignore lui-même. Le comique est inconscient.
H. Bergson, le Rire, p. 17.
4 Didact. (chez Freud et dans le freudisme; all. unbewusst). Qui appartient à l'inconscient (III., b). || Structures inconscientes. || Les processus inconscients du ça.
———
II N. Personne qui n'a pas une conscience claire, qui juge ou agit sans réflexion. || Se conduire en inconscient. || Les inconscients qui gouvernaient alors l'État.Ce n'est qu'une pauvre inconsciente.Personne dépourvue de conscience morale. || Les inconscients ne peuvent être tenus pour responsables.
———
III N. m. (1877, in Littré; d'après l'all. das Unbewusste, Hartmann, 1869).
a (Avant Freud et dans les conceptualisations qui lui sont étrangères). Didact. et cour. || L'inconscient : ce qui échappe entièrement à la conscience, même quand le sujet cherche à le percevoir et à y appliquer son attention; la partie inconsciente du psychisme. || « La notion d'inconscient est la plus importante découverte du XIXe siècle » (W. James). || Désirs, sentiments inavoués, refoulés dans l'inconscient. || Méthodes cliniques d'investigation de l'inconscient. || Inconscient et subconscient.Par ext. || Idées qui s'ébauchent dans l'inconscient. || Le travail de l'inconscient prépare la création ou la découverte chez l'artiste, le savant, l'inventeur.Complaintes propitiatoires à l'inconscient, poème de J. Laforgue.
8 Le travail de l'inconscient serait donc une combinaison ou composition de circonstances et de conditions qui dans la conscience sont représentées par des notions ou des images qui s'excluent.
Valéry, Suite, p. 122 (Note).
9 Un projet qui, depuis quelques heures, cheminait dans son inconscient, jaillit enfin à la lumière et s'empara de tout son être.
Martin du Gard, les Thibault, t. VIII, p. 53.
10 Le regard de Philip n'avait fait que lever une secrète interdiction, libérer une pensée claire enfouie, de longue date, dans les ténèbres de l'inconscient.
Martin du Gard, les Thibault, t. IX, p. 136.
11 Le freudisme est un effort pour éclairer, à l'aide de techniques neuves, l'obscurité de l'inconscient humain.
Étienne Borne, l'Homme et le Péché, p. 61.
12 Ces profondeurs viscérales de l'être humain, ces infrastructures du spirituel, ces caves infernales du rêve et de l'inconscient que nos scaphandriers de la littérature se flattent d'explorer en long et en large, vous savez très bien qu'elles sont inaccessibles et qu'il est impossible d'établir un rapport certain entre ce qui s'y passe et ce que nous pensons ou faisons.
M. Aymé, le Confort intellectuel, p. 95-96.
12.1 Tout le prix de l'inconscient est l'effet qu'il produit sur le conscient — et tout l'effet de la mort est celui qu'elle produit sur le vif.
Valéry, Cahiers, t. II, Pl., p. 231.
12.2 Quelle est la part de l'inconscient dans l'œuvre du romancier ? Elle est, je pense, énorme.
J. Green, Journal, Ce qui reste de jour, 21 févr. 1972.
b (All. das Unbewusste). Didact. (psychan.). Système psychique défini par Freud, dont les contenus sont les « représentants » des pulsions, régis par des mécanismes spécifiques (« processus primaire »; Condensation, déplacement) et qui cherchent à se manifester dans la conscience (retour du refoulé; Acte [manqué], lapsus), où ils réapparaissent après avoir été traités par la censure.Abrév. didact. : Ics; all. Ubw. || Stades de la formation de l'inconscient. REM. Cette notion appartient à la première topique freudienne qui distinguait l'inconscient, le préconscient et le conscient; ses caractères ont été ensuite attribués au ça (→ Ça) et partiellement au moi et au surmoi; l'usage courant ne distingue pas cette notion de celle de subconscient (non psychanalytique). — Définitions formelles de l'inconscient par le structuralisme anthropologique. || Pour J. Lacan « l'inconscient est structuré comme un langage » et « l'inconscient du sujet est le discours de l'autre » (« l'autre » étant le lieu de la structure, qui se dit).(Chez Jung). || L'inconscient collectif (opposé à inconscient personnel) : structure psychique inconsciente résultant des acquisitions ancestrales, qui se transmet héréditairement. Archétype (I., 3.). || Éléments féminins de l'inconscient de l'homme ( Anima), éléments masculins de l'inconscient de la femme ( Animus).Inconscient de groupe : ensemble des éléments inconscients définissant en partie le groupe, conçu comme un agencement inconscient de désirs et de relations intersubjectives.
CONTR. (Du I) Conscient.
DÉR. Inconsciemment.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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